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Publication

Cap sur Diamniadio

23/03/2018

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Africa, France

À l’aune des cinquante ans d’indépendance de l'Île Maurice , il est légitime de se demander où en est son secteur financier. Business Magazine n°1328

Article initialement paru dans Business Magazine n°1328 (hors-série du 14 mars 2018 consacré aux cinquante ans d'indépendance de l'Île Maurice)


À l’aune des cinquante ans d’indépendance [de Maurice], il est légitime de se demander où en est son secteur financier.

Du côté de la demande pour les services de ce secteur, l’on constate un contexte international indéniablement porteur pour l’accompagnement des entreprises en Afrique, ce durant au moins les trois prochaines décennies : le dynamisme démographique du continent, le développement de sa classe moyenne et ses mutations technologiques (pas toujours perçues) sont autant de moteurs qui seront difficiles à enrayer. Mêmes ses maux traditionnels, à savoir son instabilité politique, son insécurité juridique et sa corruption endémique régressent. L’Afrique s’apprête à devenir progressivement l’usine du monde et ses principales villes les mégalopoles de demain où les entreprises internationales font déjà la queue pour profiter de cette croissance annoncée.

Managements companies: qu’avez-vous fait de vos vingt ans ? 

Du côté de l’offre, pendantrop longtemps, nos management companies se sont contentées de surfer sur la vague du traité fiscal indomauricien.

Le flux des investissements dans la Grande péninsule via Maurice a permis aux opérateurs locaux d’engranger des résultats confortables avec une offre de services à minima. Les formalités administratives liées à la création de la holding intermédiaire des clients en route vers l’Inde, son secrétariat juridique et la tenue de sa comptabilité ont longtemps constitué l’essentiel des prestations rendues à ces entreprises. Or, le dicton populaire ne dit-il pas que c’est en été lorsque la récolte est abondante qu’il convient de constituer des réserves pour l’hiver?

Par manque de moyens, de vision ou d’ambition, nombreux ont été les acteurs qui se sont laissés embourgeoisés, se contentant d’honoraires faciles. Plus dur a été leur réveil après l’électrochoc de la révision du traité fiscal avec l’Inde (au détriment de Maurice).

À toute chose, il y a du bon. Cette crise a forcé ce secteur à une prise de conscience: son avenir sera en Afrique et son salut ainsi que sa prospérité dépe ndront de ses capacités à offrir aux entreprises des services à valeur ajoutée. Pour y arriver, nous assisterons très probablement à un mouvement de concentration et de restructuration dans la profession.

Après CIM et ABAX qui sont les deux exemples les plus parlants de ce phénomène, nombreux devraient être les acteurs de ce secteur qui suivront ce mouvement pour rechercher les moyens dont ils ont besoin pour se réinventer.

De l’adolescence à l’âge adulte

Après sa période d’adolescence, l’offshore a aujourd’hui la maturité suffisante et une fenêtre de tir idéale pour devenir progressivement le premier contributeur du PNB national. En effet, les années «indiennes» lui ont permis de disposer d’une réelle force d’accompagnement (bancaire, juridique, comptable et administrative) des entreprises mais surtout une base de clients dont la majorité pourra difficilement faire l’impasse sur l’Afrique pour poursuivre son développement.

Par ailleurs, les nombreux atouts (politiques, géographiques et culturels, entre autres) qui lui ont permis de devenir le premier investisseur en Inde sont les mêmes sur lesquels il pourra compter pour envisager une performance similaire en Afrique. Quoiqu’on en dise, aucun de ses concurrents directs ne dispose d’autant d’arguments pour réussir.


Les services à valeur ajoutée que le marché attend

Le continent lui-même appelle de ses voeux les initiatives Sud-Sud qui lui permettront de moins regarder vers l’Europe et de se passer de l’aide internationale pour assurer son développement. Les acteurs qui partageront cette vision auront nécessairement un coup d’avance pour participer à la révolution qui a commencé. Le phénomène de leap frog technologique auquel on assiste en Afrique agit comme un accélérateur de sa mutation économique et permet déjà à nos prestataires de services d’assister depuis Maurice des entreprises sur le continent.

Certains opérateurs mauriciens ont déjà commencé à s’organiser, par exemple, en collectant les informations comptables des différentes bases d’activités de leurs clients sur le continent pour proposer à leurs états-majors basés à l’étranger des tableaux de bord financiers standardisés et unifiés leur permettant de disposer d’une vision globale de leurs activités en Afrique. D’autres commencent à disposer d’une sérieuse expérience pour gérer depuis Maurice les feuilles de paie des expatriés éparpillés sur le continent ou gérer leurs débiteurs. Bien d’autres exemples sont susceptibles d’illustrer la diversification en cours de l’offre pour répondre aux attentes des entreprises des prestataires mauriciens.

L’État lui-même amène sa pierre pour accélérer cette mutation : il convient de saluer les initiatives de la dernière loi de finances pour encourager les activités de recherche et de développement pour que l’innovation permette aux opérateurs mauriciens de disposer d’un avantage compétitif sur ce marché. Les batailles qu’ils auront à mener s’appellent Fintech ou Blockchain.

Les management companies devront donc continuer à investir dans les talents susceptibles d’apporter à leurs clients l’assistance juridique, technique et/ou financière dont ils ont besoin pour réussir leur développement en Afrique. Dans le domaine du droit, par exemple, nos opérateurs devront s’organiser pour devenir des one-stop shops ayant la capacité d’assister leurs clients à structurerleurs projets respectifs non seulement du droit mauricien, mais également du droit du pays de l’investisseur, voire des autres États où ils ont décidé d’opérer.

La nécessité pour les entités mauriciennes des groupes étrangers de disposer de la substance adéquate pour être en mesure de repousser valablement les éventuelles critiques de leurs administrations fiscales respectives concernant la réalité de leurs activités locales est une très bonne nouvelle. De ce fait, les entreprises étrangères qui viennent s’établir à Maurice seront donc très réceptives lorsque nos sociétés de services locales pourront leur proposer de les assister sur ce sujet.

Pour y parvenir, nos opérateurs locaux devront être en mesure de proposer l’assistance d’économistes et d’experts en prix de transfert et autres, en mesure d’aider ses entreprises à structurer les fonctions économiques qu’elles ont décidé de loger à Maurice pour sécuriser et optimiser leurs opérations correspondantes.


Les ZES : le nouvel eldorado

Trop peu d’écho a été donné jusqu’à présent à la formidable initiative des gouvernements mauricien et sénégalais qui a abouti, il y a maintenant quelques mois, aux signatures et textes de loi pour la création de la nouvelle zone économique spéciale de Diamniadio.

Cette ZES vient créer un écosystème pour gommer la sur-fiscalité sénégalaise en lui substituant le régime de faveur attractif gagnant-gagnant, tant pour le Sénégal que Maurice. En effet, à ce jour, l’Afrique a un record mondial dont elle se passerait bien, celui du taux d’imposition effectif de ses entreprises qui avoisine 53 % pour une moyenne mondiale d’environ 43 %. En conséquence, les entreprises mondiales qui n’ont jamais été aussi actives en Afrique limitent autant que possible leur présence sur le continent. Ce terrain est donc fertile pour que Maurice qui, fort de son succès pour attirer les holdings intermédiaires des investisseurs étrangers, recherche des partenariats gagnants-gagnants avec les États du continent. C’est ce que nos autorités ont réussi avec le Sénégal depuis maintenant quelques mois. Cet outil est maintenant à la disposition de managements companies qui ont la possibilité de s’attaquer à un nouveau marché, celui de la CEDEAO, lequel compte plus de 300 millions de consommateurs. Le JV constitué pour abriter le parc industriel de Diamniado est détenu à 51 % par le Mauritius Africa Fund et Maurice y dispose de 53 hectares à 30 km de Dakar, sur la route du nouvel aéroport et à proximité du port.

De ce fait, les investisseurs internationaux (mauriciens et autres) ont maintenant la possibilité d’investir au Sénégal via une société mère mauricienne dans une entité localisée dans cette ZES qui bénéficiera notamment d’incitations fiscales et douanières largement inspirées de celles en vigueur à Maurice pour nos entreprises nationales.

Notons que la société sénégalaise pourrait être structurée pour disposer de filiales dans les autres pays de la sous-région liés par la convention fiscale unique de l’UEMOA. Cette approche permettrait aux différents flux du groupe dans les États concernés (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo) de bénéficier d’un premier régime fiscal de faveur dérogatoire du droit commun de ces différents États.

Dans l’hypothèse où cette société mère sénégalaise pourrait prétendre ensuite au régime fiscal dérogatoire des entreprises de la ZES susmentionnée, elle bénéficierait d’un deuxième régime fiscal dérogatoire pour ses opérations avec la société grand-mère mauricienne du groupe.

Il convient de noter que d’autres accords similaires devraient aboutir dans les prochains mois avec la Côte d’Ivoire, le Ghana et Madagascar. Nul doute que ces nouvelles ZES donneront à Maurice des arguments déterminants pour convaincre les entreprises internationales de loger leur holding intermédiaire à Maurice pour le développement de leurs activités sur le continent.

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